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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 15:38

Département du Niari

 


Sassou et Mbobi veulent la mort de Mossendjo

 


Dilapidation des fonds publics, embrigadement des droits et libertés fondamentaux des populations, création de milices privées…Selon beaucoup d’habitants de Mossendjo, le maire Maurice Mbobi n’aime pas la bonne gouvernance. Et le gouvernement de la république semble l’encourager à ce banditisme politico-administratif.

 


Une icône qui a disparu. «Les Beaux jours de Moscou » n’existent plus. Dans les années 80, ce bar faisait la fierté des Mossendjois. Avec d’autres débits de boisson, hôtels ou boîtes de nuit comme « Malala », « Sentimental », « Le Berceau », « Le Bosquet », « Sala Sissa chez papa ID », « Okoumé Palace » ou « Louessé Palace », Les Beaux jours de Moscou offraient à tout touriste l’image d’une ville où il faisait bon vivre. Tant il y avait tout pour que les quelque 10.000 Mossendjois vivent correctement bien.

 

Le dynamisme économique visible à travers des entreprises comme « Sibom », « Sidetra », « Placongo », « Sonatrab », « Sneb », « Ocv », « Occ », « Sckn », « Ofnacom », « Medeiros » et surtout la franco-gabonaise Comilog, constituait un pas important vers le développement d’une localité désireuse de participer aux grands défis économiques mondiaux.

 

Les services sociaux de base étaient offerts presque à foison. Des écoles primaires comme « 8 février 1964 », « 31 juillet 1968 », « Aloise Mboungou », « Makengué », « Itombo » ou « Yombo », les collèges Jean Pierre Mambou et Emile Koumba, le lycée général ainsi que l’Ecole Nationale des Eaux et Forêts (Enef) au paysage luxuriant constitué de filaos, de hêtres et de chênes comme en Occident,  ont fourni à la République des cadres compétents. Quant à l’électricité, le vieux Marobi ne se lassait jamais de démarrer les deux génératrices thermiques pour alimenter la ville. Extraite du lac Livembé, l’eau coulait chaque jour grâce à l’abnégation du vieux Biloko.


 

Construit au milieu des années 70 à l’époque de Marien Ngouabi selon les normes sanitaires internationales (d’après certains spécialistes), l’hôpital de Mossendjo était l’un des plus modernes et des mieux équipés de la région du Niari voire de tout le pays. Avec un personnel compétent. Le cas des docteurs Jourdan de la France ou des Congolais tels que Déby Gassaye, Moukala-Bissila, Manguila-Badinguila ou Ikoungou. La structure érigée non loin du cimetière Iroho au nord-est de la ville, a fait ses preuves en matière des soins de qualité.


 

Du paradis à l’enfer 

 

   

Jusqu’à la fin des années 90, Mossendjo était donc vu par beaucoup d’observateurs comme un petit paradis enclavé au cœur de la vaste et dense forêt du Massif du Chaillu. Pourtant, aujourd’hui, dans cette ville, les conditions de vie sont semblables à celles de l’enfer. Les facteurs de cette dégradation sont nombreux. La déchéance a commencé dès le milieu des années 80 en raison par exemple de la grande crise économique qui secoua le pays tout entier à partir de 1986. Les choses se sont empirées au lendemain des guerres civiles qui ont secoué le pays de 1993 au début des années 2000. Ici comme dans tout le Congo, plusieurs acteurs  ont confondu combat idéologique et destruction des infrastructures. Ce qui a failli être corrigé par le biais de la « municipalisation accélérée » destinée à « mailler le pays Congo d’infrastructures », selon l’expression de Denis Sassou-Nguesso, chef de l’État arrivé au pouvoir suite à un coup d’État perpétré en 1997 avec l’aide des armées étrangères dont les grandes et puissantes Fapla angolaises. Et en 2006, Mossendjo, comme les autres localités du département du Niari a bénéficié de la fameuse municipalisation accélérée.


 

Mais cinq ans après ce précieux sésame municipalisant, Mossendjo manque malheureusement tout ce dont peut disposer une ville digne de ce nom. L’hôpital est la preuve la plus éloquente de ce processus de sous-développement. Ça suinte partout…Les malades se mouillent copieusement. Les murs décapés et fendus. Pas de nivaquine. La salle d’opération ne dispose même pas d’un bistouri. Un personnel insuffisant qui se débat dans une extraordinaire débrouillardise médico-sanitaire. «Cet hôpital est devenu un parc zoologique. Il y a de quoi en faire un centre vétérinaire », observait et ironisait lundi dernier un enseignant par téléphone. Des écoles comme Marcel Tchikou et Makengué sont vouées au même sort. Elles sont devenues le repaire des animaux sauvages comme à Itombo où on a récemment tué une gazelle ou Makengué où l’on a tué deux vipères et une civette. Des centaines de parcelles abandonnées sont devenues des forêts denses. Preuve que beaucoup de Mossendjois et surtout les jeunes, n’aiment plus vivre à « Moscou ». Tant il n’y a rien qui puisse les y maintenir. Mossendjo a donc déjà cessé d’être un paradis pour devenir aujourd’hui un véritable enfer.


 

«Tout pour Mbobi, rien que pour Mbobi»


 

Mais l’enfer, c’est qui finalement ? Qui est à l’origine des malheurs de Mossendjo ? À l’étranger comme au Congo, cet état de choses semble préoccuper les natifs de Mossendjo. «Il y a une semaine que j’ai séjourné à Mossendjo et j’ai failli pleurer. Mossendjo est sur la voie du sous-développement », explique une Mossendjoise rencontrée dans une clinique privée de Pointe-Noire. «Tout pour Mbobi, rien que pour Mbobi». «Mossendjo est devenu la propriété privée de Maurice Mbobi». Joints au téléphone le 02 novembre dernier, plusieurs habitants de cette commune du département du Niari au sud-ouest du Congo, n’ont pas caché leur « indignation » et leur « colère » par rapport à la manière dont Maurice Mbobi élu maire en 2002 et réélu en 2008 gère la chose publique.

 

Pour eux, le mal de Mossendjo, c’est Maurice Mbobi. «Le gouvernement envoie chaque mois une subvention de 74 millions Cfa (113846 €) dont 19 millions pour l’assainissement. Malheureusement, il ne fait rien de cet argent. L’argent qu’il reçoit, c’est pour entretenir sa milice privée (Cf. Talassa numéro 327 du 25 octobre 2011, Page 5, Ndlr) et corrompre certains membres du conseil municipal. Le reste va certainement dans sa poche.  Dès sa première élection en 2002, Mbobi avait déclaré devant tout le monde : ‘‘Mossendjo était une forêt, je vais en refaire une forêt’’. Il est donc en train de matérialiser son rêve, celui de refaire de Mossendjo une forêt ». Ce sont en tout cas les propos d’Albert Maloula-Nzambi, porte-parole de la « majorité silencieuse » constituée selon Maloula-Nzambi de plus de 80% de Mossendjois.


 

« Mbobi entêté par le gouvernement »


 

Le 23 mai dernier, ce mouvement a rédigé un mémorandum pour dénoncer la gestion sauvage de la chose publique par le maire. Deux sit-in et deux manifestations ont déjà eu lieu. Au cours d’une conférence de presse animée en début octobre à Brazzaville, le mouvement a condamné la répression « violente » dont ses membres ont été victimes le 23 septembre dernier à Mossendjo. La majorité silencieuse a ainsi qualifié Mbobi de criminel, car la manifestation n’a pas été réprimée par la force régulière, plutôt par un groupe de gens se réclamant du maire, donc « une milice privée ». Par conséquent, le maire devrait être puni conformément à l’article 173 de la constitution de 2002. Le maire Mbobi est aussi accusé de priver les droits et libertés fondamentaux des citoyens. «Pour lui, on ne doit pas dénoncer ce qu’il fait. Sinon il fait des fiches. Beaucoup de jeunes ont déjà fait les frais de cette politique. C’est un dictateur de même acabit que Kadhafi», selon une femme résidant actuellement en France.  Les indignés de Mossendjo demandent alors au gouvernement de la République de sanctionner ce maire en appliquant la loi 7-2003 du 06 février 2003 portant organisation et fonctionnement des collectivités locales. Notamment l’article 64 qui consacre des sanctions « s’il est reproché au président du conseil municipal des faits graves et avérés ». Malheureusement, «le gouvernement fait la sourde oreille. Il joue à la politique du pourrissement. On peut aujourd’hui affirmer sans risque de se tromper que le gouvernement veut la mort de Mossendjo », déplorait le 1er novembre, Albert Maloula-Nzambi au cours d’une interview accordée à Africa Numéro 1 et Talassa.

 

Pour sa part, le maire Mbobi a déclaré qu’il n’y avait aucune situation grave à Mossendjo. «Vous racontez des conneries. Je ne vous accorderai jamais une interview. Ecrivez tout ce que vous voulez. Si vous blaguez, je porterai plainte », a dit avec un relent d’arrogance le « chef de chantier de Denis Sassou Nguesso à Mossendjo », joint au téléphone le 02 novembre dernier à 09 heures 45 minutes par notre rédaction de Pointe-Noire.

 

Mais qu’adviendra-t-il de cette crise qui est en train de couver à la veille des législatives de 2012 et des locales de 2013 ? Difficile de dire exactement ce qui se passera. «L’histoire nous dira s’il est normal pour un gouvernement de violer ses propres lois», a souligné avec optimisme Maloula-Nzambi. Reste à Sassou de discipliner son filleul ou protégé. Est-ce à dire que Sassou n’aime composer qu’avec les ennemis de la bonne gouvernance ? À chacun de voir.

 

John Ndinga-Ngoma

 

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Published by lakuzateur
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