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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 19:13

Congo Brazzaville


Le coût élevé de la dot fait toujours débat


 

 

Au Congo Brazzaville, le Code de la Famille fixe la dot à 50 000 Fcfa (75 € environ). Mais, certains parents exigent parfois vingt fois plus ! Valorisation ou marchandisation de la femme ? Les débats sont passionnés. Des autorités suggèrent de modifier le Code pour limiter cette surenchère.


 

Huguette Massamba Kolélas est chargée de communication dans une entreprise portuaire de Pointe-Noire. Il y a deux ans, elle a célébré son mariage. Bien que son époux ait un niveau de vie correct, il n’a versé que 50 000 Fcfa (75 € environ)  à ses parents. "Par le passé, la cérémonie de la dot variait selon les ethnies. Aujourd’hui, on a standardisé. Ce sont des montants exorbitants que le prétendant verse à sa future belle-famille. Dans ma famille, nous nous conformons à l’article 140 du Code de la Famille fixant la dot à 50 000 Fcfa. Si mes parents avaient demandé plus, je m’y serais opposée !", assure Huguette. Sa sœur aînée, Bernadette Nganga-Manza, confirme : "Depuis que nous nous marions, nos parents ne demandent que 50 000 Fcfa à leurs futurs gendres."

Au Congo Brazzaville, les témoignages sont généralement bien différents… "Il m’a fallu faire des économies pendant deux ans pour avoir le million de Fcfa (plus de 1 500 € !) nécessaire pour doter ma femme", se souvient Brice*, un jeune de 30 ans. "Verser un montant élevé pour la dot est la meilleure façon d’honorer la femme et ses parents. Si c’est une femme qui a beaucoup étudié, vous devez remplir vos poches ! Ce n’est pas n’importe qui que vous allez épouser. Donc, la dot est aussi en fonction de la valeur de la femme", estime Aïcha, la vingtaine, mariée depuis ses 18 ans. Une exigence à laquelle s’accommodent certains hommes. "Les gens ne s’occupent pas du Code de la Famille. Ils demandent des montants élevés, mais nous n’avons pas le choix", explique Alain, un jeune sur le point de se marier.

 

Aucune sanction…

Une passivité complice que dénoncent certaines femmes. "La dot n’est qu’un symbole ! Je me demande pourquoi les jeunes ne s’opposent pas à ces montants faramineux. La dot ne doit pas être un échange. Demander des montants colossaux au gendre est, à mon avis, une façon de chosifier la femme", estime encore Huguette Massamba Kolélas. Sans parler des conséquences matérielles immédiates, puisque plusieurs jeunes hommes, face à ce coût élevé, retardent, voire annulent leur mariage. "Si tu n’as pas la volonté, tu peux abandonner… La dot devient donc un moyen de chantage au sein du foyer…", déplore encore Brice.

Conscientes de cette situation, quelques autorités condamnent la pratique. "Effectivement, le Code de la Famille fixe la dot à 50 000 Fcfa. Quand nous célébrons un mariage, les mariés répondent toujours qu’ils ont respecté le principe établi dans les textes. Mais, souvent, les montants versés dépassent largement celui fixé par le Code... Or, la dot a une valeur symbolique. Elle ne peut pas être une occasion pour la famille de la femme de se remplir les poches !", déplore Guy André Edmond Loemba, administrateur-maire de l’arrondissement 3 Tié-Tié de Pointe-Noire. A ce jour, le Code pénal ne prévoit pas de sanctions à l’encontre des contrevenants qui ne respectent pas l’article 140 du Code de la Famille.  

Pour le maire Loemba, les parlementaires, en examinant le Code de la Famille en cours de révision, devraient observer et limiter cette surenchère. "Le Code dit bien que la dot en nature ou en espèces ou sous toutes les deux formes ne doit jamais dépasser 50 000 Fcfa. Mais, le costume prêt-à-porter demandé au gendre par exemple coûte près de 200 000 Fcfa (plus de 300 €). Si déjà, pour un seul article, on dépasse le montant légal, imaginez quand on ajoutera des pagnes, des bouteilles de vin, des marmites, etc. On peut frôler, voire dépasser le million de Fcfa", confirme-t-il, impuissant.

                                                                                              

John Ndinga-Ngoma

Juillet 2014

 

*Prénom d’emprunt.  

 

 

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Published by lakuzateur
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commentaires

passy 02/09/2014 21:13

c'est le prix à payer de l'amour. quand on aime, il faut braver les obstacles.