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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 16:10

Pointe-Noire

 

 

 

La carte de l’unité nationale se joue à Lumumba

 

 

Elément essentiel de la tradition au Kouilou et au Niari, le Tchock qui est un jeu de cartes est quasiment menacé de disparition parce que vu par certains jeunes comme une distraction de sorciers ou de paresseux. Mais dans l’arrondissement 1 Lumumba de Pointe-Noire, il est considéré comme l’un des facteurs potentiels d’unité nationale.

 

Une-seance-de-Tchok-chez-le-chef-du-CQ-112-de-Lumumba.-Bea.jpg

Domicile de la chef du quartier 115, dans l’arrondissement 1 Lumumba, 13 novembre. Une ambiance inhabituelle. Un monde immense venu de tous les quatre coins de la capitale économique congolaise. Le jeu, pourrait-on dire, valait la chandelle. La chandelle, c’est la quatrième édition du tournoi de Tchock, un jeu de cartes pratiqué dans le Kouilou et le Niari. Plus de dix équipes de deux personnes représentant pour la plupart les différents quartiers rivalisaient d’ardeur pour remporter les trophées et autres présents proposés par le comité d’organisation.

 


À l’instar d’autres disciplines ludiques ou sportives, le Tchock a sa particularité. Un jeu qui unit plus qu’il ne divise. Il brise toutes les barrières : ethniques, religieuses, administratives, idéologiques,… À Pointe-Noire, les  pratiquants l’ont certainement compris. Célestin Tombé-Kendé, administrateur-maire de Lumumba, Joseph Désiré Lalissini, cadre des chemins de fer congolais, Gaétan Ibingou-Kouassi, conseiller départemental au Niari et bien d’autres sont souvent nombreux à se regrouper avec leurs compatriotes en train d’abattre les cartes.


 

Ici, on cesse d’être président de la République, député, ministre, savant, sénateur, maire, etc. On rie, on se taquine, on se congratule…À la satisfaction des populations pour lesquelles, c’est un privilège d’échanger directement avec des responsables, sans tracasseries protocolaires ou administratives. «Je n’avais jamais imaginé que je pouvais m’asseoir à quelques centimètres de mon député ou de mon maire. Et j’ai profité de l’occasion pour leur poser le problème d’un collecteur d’eau en délabrement. Et j’ai été épargnée du remplissage des formalités comme la demande d’audience. C’est là le grand atout de ce jeu», souligne Marie-Louise Mountou, joueuse.

 

Si l’unité est l’une des conditions sine qua non de développement d’un pays, le peuple congolais gagnerait à promouvoir des initiatives fédératrices afin de faire sauter tous les obstacles érigés depuis la nuit des temps sur le chemin de l’unité nationale. Et le Tchock est aussi un réel facteur de construction et/ou reconstruction d’une Nation.  «Nous sommes en train de bâtir une Nation. Après les épreuves que nous avons connues, le Congo doit impérativement chercher les repères qui lui permettront de se reconstituer en une Nation fortement unie, solidaire et indivisible. Le Tchock fait partie intégrante de ces repères, car des communautés issues de diverses ethnies, villes ou départements se retrouvent pour discuter, dialoguer ou s’échanger des valeurs positives de paix», explique Maurice Mavoungou, député de la troisième circonscription de Lumumba qui organise ces tournois de Tchock. Et Célestin Tombé-Kendé de renchérir : «une telle activité qui nous met ensemble rassure aussi bien l’autorité que les populations. C’est la preuve qu’à Lumumba nous sommes en paix. Et nous partageons la vision du Chef de l’Etat qui tient à faire du Congo un havre de paix ».


 

Mais malgré ces atouts, certains observateurs pensent que le Tchock est à l’origine de la paresse en milieux jeunes. D’autres donnent à ce jeu une dimension mystique. «C’est un jeu de sorciers. De la même manière qu’ils se réunissent le jour, ils se rencontrent la nuit pour décider du sort des autres », explique Yannick*.


 

Argument battu en brèche par Maurice Mavoungou qui assimile le Tchock au jeu d’échec ou à un exercice de logique. «Le Tchock aiguise notre intellect. C’est le jeu même du raisonnement : on pose des hypothèses, on réfléchit et on tire une conclusion. Tout ça se fait en quelques secondes seulement. En outre, il y a un temps pour le travail et un temps pour le divertissement. Même en France, le Président Mitterrand avait institué un ministère des temps libres. Dire que c’est un jeu de sorciers ou de paresseux, c’est mal connaître le Tchock. J’ai grandi dans le Tchock, mais cela ne m’a pas empêché de devenir ingénieur en informatique», explique-t-il.


 

Actuellement, fort de ces avantages, Maurice Mavoungou entend œuvrer pour la promotion du Tchock à travers le pays et dans tout le continent. Le Tchock pourrait ainsi devenir la carte ou la charte de l’unité nationale.

 

*Prénom d’emprunt

 

John Ndinga-Ngoma (Talassa n°332 du 25 nov. 2011, P.7)

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Published by lakuzateur
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